Dans les montagnes de Macédoine du Nord, le combat pour la reconnaissance des chiens Karaman
Dans un monastère isolé de l'ouest montagneux de Macédoine du Nord, le père Porfirij commence chaque journée en nourrissant ses Karaman, de grands chiens de berger noirs sur le point d'être reconnus comme la première race autochtone du pays.
En février, le Karaman a obtenu une reconnaissance provisoire en tant que race autochtone de la Fédération cynologique internationale (FCI), l'aboutissement d'années de travail des éleveurs, des scientifiques et du père Porfirij lui-même pour préserver l'une des races les plus anciennes de la région.
Pour être homologuée, une race de chien doit présenter des caractéristiques distinctes et stables sur plusieurs générations, aussi bien sur le plan physique que comportemental.
Dans le cas du Karaman, on le retrouve déjà "sur des fresques et des iconostases médiévales", et "la race a été préservée dans sa forme authentique jusqu'à nos jours par les éleveurs, dont la vie était en perpétuel mouvement entre les pâturages d'été et d'hiver", note la FCI, qui reconnaît 364 races, chacune d'entre elles étant la 'propriété' d'un pays spécifique.
Gardien des traditions pastorales nomades, le Karaman accompagne les bergers balkaniques pour protéger les troupeaux des ours et des loups.
Si le Karaman est reconnu, ce sera le premier chien autochtone de Macédoine du Nord.
- Gentils & paisibles -
"Ce sont des chiens très gentils, très paisibles", explique à l'AFP le prêtre orthodoxe, qui a rejoint la campagne en faveur de la reconnaissance des Karaman il y a près de dix ans.
Il s'est mis à parcourir les montagnes, recueillant des chiens qui lui semblaient correspondre aux traits spécifiques des Karaman - une queue recourbée, des yeux clairs, des pattes en forme de cuillère...
Des caractéristiques "créées par la montagne : il n'y a littéralement aucune intervention humaine dans l'apparence du Karaman", souligne Ilija Karov, président du club canin macédonien.
Leur musculature puissante peut intimider, mais ces craintes sont infondées, assure le père Porfirij, qui souligne la loyauté et la sociabilité de ces chiens, "surtout envers les enfants".
Pour les habitants de la région, les chiens de bergers sont souvent source de fierté - le plus célèbre, le Sharplanina ou Sharr - figure même sur les pièces d'un dinar macédonien.
Mais à mesure que les populations rurales déclinent, le pastoralisme disparaît petit à petit.
L'avenir des Karaman dépend maintenant des propriétaires urbains, souligne M. Karov. "La race a un avenir plus prometteur, même si c'est davantage dans les villes que dans les montagnes".
L.Klein--BlnAP