Le mégafeu en Gironde "stabilisé" mais reprise redoutée, Macron attendu sur place
Le mégafeu aux portes de Bordeaux qui a ravagé 42.000 hectares est "stabilisé" mais pas "fixé", selon le ministre de l'Intérieur, et les pompiers, après une nuit pluvieuse et une "accalmie" des conditions météorologiques, font face à une remontée des températures qui laisse redouter une reprise de l'incendie, avec jusqu'à 40°C attendus mardi.
Laurent Nunez, qui a appelé à "vraiment rester très prudent" à la sortie du Conseil des ministres, accompagnera Emmanuel Macron, attendu "en milieu d'après-midi" en Gironde pour rencontrer "des forces mobilisées" contre ce mégafeu et "des élus".
Le chef de l'Etat a présidé dans la matinée une "cellule interministérielle de crise" au ministère de l'Intérieur consacrée aux incendies
Selon un point de situation effectué à 14H00 par la préfecture de la Gironde, les opérations du jour "se concentrent sur le traitement des lisières et les coupes tactiques".
2.750 sapeurs-pompiers sont mobilisés, avec le renfort de nouveaux moyens européens, de même que 18 moyens aériens, 1.500 militaires et 1.440 forces de sécurité intérieure.
"On a moins de foyers actifs" que dimanche, déclarait plus tôt dans la journée à l'AFP le capitaine Wilfried Schneider, officier communication du Sdis 33 (service départemental de secours et d'incendie).
"On a stabilisé une situation qui était complètement instable, mais on n'est toujours pas maîtres du feu", a-t-il ajouté.
D'autant que Météo-France a confirmé une "nouvelle vague de chaleur" à partir de mardi, avec des maximales jusqu'à 40°C et des vents un peu moins forts mais plus secs.
"Toutes les conditions sont réunies pour une reprise de l'incendie", a prévenu Philippe de Gonneville, maire de Lège-Cap-Ferret, dont la commune a été frappée dès le début de l'incendie.
Sur les routes comme la D106 menant de St-Jean-d'Illac, à 18 km du centre de Bordeaux, jusqu'à Lège-Cap-Ferret, on longe des dizaines de kilomètres de forêt calcinée et encore fumante. Et, après Blagon, plusieurs maisons détruites dont il ne reste parfois que quelques tranches de vie: une brouette ou un toboggan d'enfants au milieu des carcasses d'habitations.
Dans les airs, un A400M équipé d’un kit d'épandage de retardant employé pour la première fois samedi, a à nouveau effectué un largage lundi dans le nord de la presqu'île du Cap Ferret, un autre étant prévu, selon l’état-major des armées.
- 220.000 évacués -
Au total, plus de 116.000 hectares ont été parcourus par les incendies en France depuis le début de l'année, une situation "exceptionnelle", a indiqué lundi Laurent Nuñez, ce qui constitue un nouveau record.
Des assureurs également confrontés au "coup de massue" subi par "environ 14.500" entreprises qui ont cessé toute activité ou subi des dommages, a déploré lundi auprès de l'AFP Patrick Seguin, président de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) du département. Soit "à peu près 130.000 personnes qui ne peuvent pas travailler aujourd'hui".
Le feu n'étant pas fixé, aucun retour des évacués n'est envisageable à ce stade en Gironde, avait prévenu la préfète Sophie Brocas dimanche. Les activités des colonies de vacances sont par ailleurs suspendues dans ce département touristique, a-t-elle ensuite annoncé tôt lundi.
A Bordeaux, "un peu plus de 1.000 personnes" étaient toujours hébergées au parc des expositions de la ville, dont "moins d'une centaine" de personnes résidentes d'Ehpad, selon le maire et président de la métropole, Thomas Cazenave.
Aucun TGV ne circule par ailleurs au sud de la ville, hormis ceux qui desservent Agen et Toulouse, et l'autoroute A63 est fermée dans les deux sens entre Bordeaux et Bayonne.
- "Le temps de la polémique n'est pas venu" -
Une "vague de solidarité", saluée par la préfète, a permis de libérer les pompiers volontaires dans les entreprises. Et voit aussi des agriculteurs et des particuliers bénévoles prêter main-forte sur le terrain.
Des convois de tracteurs, pickups et utilitaires remplis d'eau sillonnent lundi les routes de Gironde pour prêter main-forte. Comme sur une départementale déserte entre Audenge et Marcheprime, où des fumerolles jaillissent des parcelles brûlées, et où une variété d'engins roulent à vive allure pour rejoindre une colonne de véhicules de pompiers.
Au Porge, commune qui a payé le plus lourd tribut en nombre de maisons détruites, c'est le propriétaire d'un food-truck, Manu Goncalves, qui livre à tours de bras des portions de poulets grillés "aux pompiers, qui restent sur le feu, pour certains pour une dizaine d’heures, dix à douze heures, sans même se reposer", dit-il à l'AFP.
Présente lundi après-midi dans la commune, la préfète de Gironde a répondu aux critiques sur un "abandon" du Porge: "Les gens ont le droit d'être en colère, ils ont le droit de le dire et on doit écouter (...) Mais le temps de la polémique n'est pas venu, le temps des comptes, c'est pas le moment, le feu n'est pas fixé".
Juste au sud, dans les Landes, l'incendie de Biscarrosse était dimanche "mieux contenu mais pas fixé", après avoir brûlé 3.600 hectares et 198 bâtiments. Quelque 8.000 personnes évacuées sur 30.000 ont été autorisées à rentrer chez elles, a indiqué le préfet des Landes Gilles Clavreul.
Dans le Var, où 2.000 personnes ont été évacuées, l'incendie est "contenu" malgré des reprises attisées par le mistral, après avoir parcouru 4.500 hectares, selon les pompiers. D'autres feux sont en cours en Corse et dans les Hautes-Alpes.
Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols européens sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par le changement climatique et les récentes canicules exceptionnelles.
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U.Neumann--BlnAP