"Cirque" ou exercice de transparence ? Fin de la commission sur l'audiovisuel public
Tribunal politique et "grand gâchis" pour ses détracteurs, saine transparence pour son rapporteur, la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public achève quatre mois de travaux sous haute tension, avant un rapport qui risque de diviser encore.
Pour fermer le bal, la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte Cunci devra répondre pour la seconde fois mercredi aux questions des députés, principalement celles du rapporteur de l'UDR allié au RN, Charles Alloncle. Celui-ci a concentré les critiques pour ses méthodes "inquisitoriales", mais s'est taillé un franc succès auprès des pourfendeurs de l'audiovisuel public.
Cette commission avait été réclamée par le parti d'Eric Ciotti dans la foulée d'une vidéo montrant les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen en pleine discussion privée avec des responsables du PS, dont le contenu a nourri les accusations de partialité en faveur de la gauche.
Au fil de 67 auditions qui ont vu défiler 234 protagonistes devant la commission, les travaux ont été marqués par de nombreux incidents qui ont régalé les réseaux sociaux. Ils ont souvent tourné au dialogue de sourds entre le député et ses interlocuteurs, qui lui reprochaient des questions biaisées ou le fait qu'il n'écoutait pas les réponses.
Lors de sa première audition, Delphine Ernotte Cunci avait regretté un "prisme de l'anecdote". Un "cirque", s'est emporté Xavier Niel, fondateur du géant de la production audiovisuelle Mediawan, qui a accusé Charles Alloncle de propager des "fake news".
- "J'accuse" -
Charles Alloncle estime au contraire que son travail a permis de découvrir "un système de gabegies largement assumé" dans les 4 milliards d'euros annuels que l'Etat distribue aux chaînes et radios publiques. Il dénonce aussi un "système de castes et de privilèges", de l'opacité et des conflits d'intérêts dans l'attribution des contrats de France Télévisions aux sociétés de production.
Des griefs qu'il répète dans un entretien au dernier numéro de "L'Incorrect", intitulé "J'accuse", une comparaison avec le combat d'Emile Zola dans l'affaire Dreyfus qui a "choqué" et "indigné" le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons).
Selon ce dernier, les travaux ont tout de même mis au jour la nécessité de "mieux encadrer les cumuls d'activité de certaines figures du service public", des questions soulevées lors des auditions de Samuel Etienne, Hugo Clément ou Léa Salamé.
Mais parmi les personnes auditionnées, y compris du secteur privé, "personne n'a demandé la privatisation de l'audiovisuel public", prônée par le Rassemblement national, ajoute-t-il à l'AFP.
- rejet ou "compromis" -
Pour la professeure en sciences de l'information et de la communication à l'Université Paris-Panthéon Assas, Nathalie Sonnac, la commission est passée à côté d'"enjeux majeurs".
Elle cite la place de l'audiovisuel public au milieu de "la concurrence des grandes plateformes" telles que YouTube ou "des réseaux sociaux, qui ne sont pas soumis à une régulation comme celle du temps de parole politique, l'obligation d'investir dans les contenus, et où l'opinion peut être totalement confondue avec de l'information ou de la désinformation".
"C'est un grand gâchis, car l'audiovisuel public est garant de l'intérêt général, d'une impartialité, qu'il nous assure le pluralisme, et qu'il est un pilier économique de l’écosystème audiovisuel", ajoute-t-elle à l'AFP.
La situation budgétaire reste difficile pour France Télévisions, qui a adopté un plan de 150 millions d'euros d'économies pour faire face à des baisses de dotation de l'Etat et rester à l'équilibre en 2026. Au passage, sa présidente a promis de diviser par deux les dépenses de taxi du groupe (3,8 millions d'euros en 2024).
La députée macroniste Céline Calvez regrette elle que la commission ait "oublié de poser les questions les plus importantes: quelles sont les missions de l'audiovisuel public" dans le paysage actuel ? et "y a-t-il suffisamment de différence avec l'offre privée ?".
Charles Alloncle a pour mission de rédiger son rapport qu'il soumettra dans une quinzaine de jours à la lecture puis au vote des membres de la commission. En cas de rejet, une situation rare, les travaux pourraient en théorie ne pas être rendus publics au nom de l'instance.
"Il faudra discuter avec le rapporteur pour arriver aussi à une forme de compromis", a prévenu M. Patrier-Leitus sur RTL.
B.Schneider--BlnAP