L'opération anti-LGBT+ en Turquie se poursuit, les protestations aussi
L'opération anti-LGBT des autorités turques, entamée dimanche, s'est poursuivie mardi avec l'arrestation d'une centaine de personnes à Ankara et Istanbul, provoquant la colère des partis d'opposition et d'organisations de défense des droits humains.
Selon des avocats, 91 personnes ont été interpellées après une manifestation à la mi-journée devant le palais de justice de Caglayan, sur la rive européenne d'Istanbul.
"Vive la lutte pour la liberté", "Malgré la haine, vive la vie", "Libérez immédiatement les détenus!" ont scandé les manifestants, qui tenaient une banderole où on pouvait lire "Etre LGBT+ et s'organiser n'est pas un crime".
Deux journalistes du quotidien turc Birgün et de la télévision publique allemande ARD ont aussi été arrêtés, selon le Syndicat des journalistes de Turquie. Une autre, interpellée dimanche pour un article sur le mouvement LGBT en Géorgie voisine, devait être entendue mardi par le parquet, selon l'ONG MLSA.
En début de soirée, jusqu'à 300 militants se sont à leur tour réunis à Ankara, la capitale. Selon une députée du DEM, le parti prokurde, 20 personnes ont été placées en détention.
Le chef de l'Etat, Recep Tayyip Erdogan, qui a proclamé en 2026 "la Décennie de la famille", prend régulièrement pour cible les LGBT+ qu'il qualifie de "pervers" et auxquels il impute la chute drastique de la natalité.
- "Obscénité" -
L'opération qui cristallise la colère actuelle a débuté dimanche, avec l'arrestation par la police de dizaines de personnes dans des bars gay et aux domiciles de militants LGBT+, pour "obscénité", "aide à la prostitution" ou "liens financiers avec l'étranger".
De nombreux comptes de réseaux sociaux de défenseurs des droits humains et de médias ont en outre été bloqués, dans le cadre d'opérations appelées "Ma famille est en sécurité".
Le Nouveau Parti (Yeni, opposition) a regretté "l'utilisation du système judiciaire comme outil de punition généralisée, fondée sur l'orientation sexuelle et les préférences des individus".
Le DEM, essentiel dans le processus de paix entre Ankara et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a pour sa part jugé sur X que le "langage de la paix ne (pouvait) aller de pair avec la répression".
Une intervention significative : intermédiaire entre le gouvernement et Abdullah Öcalan, chef emprisonné du PKK, le DEM est régulièrement accusé par d'autres partis d'opposition de ménager le pouvoir pour pousser le processus de paix, après plus de quatre décennies de guérilla.
- L'homophobie au sommet de l'Etat -
A Istanbul, Zeynep, une manifestante de 44 ans refusant de donner son nom complet, a exprimé sa colère et sa frustration face à ce nouveau tour de vis.
"Alors que tant de crimes graves restent impunis, le gouvernement mène désormais des opérations contre les militants LGBT+. Ces personnes n'ont commis aucun autre crime que d'être elles mêmes et défendre leurs droits ou ceux des autres", a-t-elle déclaré à l'AFP.
L'opération suscite inquiétudes et protestations jusqu'à l'étranger.
Après l'Union européenne lundi, le Commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe Michael O'Flaherty a jugé que "de simples références aux +valeurs familiales+ ou à la +protection des enfants+ ne (pouvaient) servir de justification aux restrictions des droits de l'homme".
L'homosexualité n'est pas réprimée pénalement en Turquie, mais elle est largement réprouvée et l'homophobie y est répandue jusqu'au sommet de l'Etat.
En fin de journée, Amnesty International a exhorté les autorités à mettre fin à leur politique anti LGBT+.
"Cette répression généralisée (...) n'a absolument rien à voir avec la protection des familles et vise uniquement à porter davantage atteinte à une communauté déjà durement éprouvée par des décennies de discrimination et d'intimidation", a dénoncé dans un communiqué Esther Major, directrice régionale adjointe pour l'Europe de l'organisation.
E.Fritsch--BlnAP