Gironde: après la "guerre du feu", l'urgente réparation des engins anti-incendie
C'est une "guerre de l'invisible", aussi cruciale que la "guerre du feu" des pompiers cet été en Gironde: dans un vaste atelier du nord de Bordeaux, des dizaines d'engins endommagés, tordus, fondus par endroits, sont à réparer d'urgence avant la prochaine saison d'incendies.
Engagés sur le mégafeu de Saumos, qui a ravagé 42.000 hectares pendant dix jours fin juillet, les camions-citernes feux de forêt (CCF) alignés dans un hangar des pompiers de Gironde portent encore les marques du plus violent incendie survenu en France depuis 1949.
Ici, un réservoir enfoncé par des branchages. Là, un filtre d'échappement carbonisé, des gaines fondues ou un rétroviseur gondolé sous le brasier.
Deux mois après, les 70 agents chargés de la maintenance au Service départemental d'incendie et de secours (Sdis 33) s'affairent toujours sur les camions.
"La guerre du feu en forêt est terminée, mais pour nous la guerre du feu se prépare pour l'année prochaine", résume Marc Riflade, chef d'atelier poids lourds.
"Notre mission, c'est qu'on ait un maximum de véhicules opérationnels dès le début de la saison, en février 2027. C'est une guerre de l'invisible", dit-il à l'AFP. "Si on n'est pas là, il n'y a pas un camion dans les bois."
Sur les 190 CCF dont dispose le Sdis 33, deux d'entre eux (environ 400.000 euros pièce) ont totalement brûlé pendant le mégafeu et une quarantaine ont subi des dégâts.
- Carcasse calcinée -
Non loin de là, les deux carcasses calcinées ont été remisées sur un parking, cabine noircie et cuve en aluminium éventrée, signe que la chaleur des flammes a dépassé 600°C, température de fusion de ce métal.
Malgré les remises en état menées depuis, une trentaine de camions restaient immobilisés mi-septembre, certains pour des sinistres antérieurs au mégafeu, relève Jean-Damien Noël, commandant du Groupement technique et logistique (GTL) des pompiers girondins.
Le vaste site qu'il dirige est "stratégique", "un lieu de réparation et de maintien en condition opérationnelle, pas uniquement pour les véhicules, mais également pour l'ensemble de l'équipement du sapeur-pompier", des casques aux bottes, fait-il valoir.
Pendant le mégafeu, ses 150 agents ont basculé en mode intensif, renonçant pour certains à leurs congés: camions-ateliers déployés au plus près du sinistre, noria continue de matériels et de carburant, dont deux à trois semi-remorques de gasoil par jour... outre les réparations du quotidien pour les casernes du département.
- "Les camions ont ramassé" -
"Pendant le temps de guerre, toute l'activité du temps de paix continue", image le commandant Noël.
Alexandre Dubois, mécanicien de 20 ans, a très peu dormi pendant cette période. "On s'est relayés, on faisait 12 heures chacun, le jour, la nuit", témoigne-t-il.
"Les humains ou les machines, on a tout poussé à bout pendant 10 jours", explique le jeune homme, intervenu par ailleurs sur le feu comme sapeur-pompier volontaire. "Les camions ont ramassé, ils ont été mis à rude épreuve. (...) Ils ont chauffé, avec des peintures qui ont fondu. Les pare-chocs étaient pliés. On voit qu'il y a eu une chaleur assez intense."
Certes, il y a eu "un peu moins de casse" que lors des mégafeux de 2022, "formateurs" pour les pompiers, soulignent les mécaniciens.
Mais désormais, leur temps leur est compté: avec le changement climatique, la saison des incendies débute de plus en plus tôt et d'autres événements météorologiques majeurs (tempêtes, inondations...) mobiliseront cet hiver le même matériel.
"On essaie d'être hyper réactifs" en déployant une "économie de guerre" dans les moments nécessaires et en soignant la réactivité des fournisseurs, conclut Jean-Damien Noël, qui espère "avoir un maximum de disponibilité opérationnelle pour la prochaine saison de feux."
K.Koch--BlnAP