Au Verdon, la mégaferme terrestre à saumons c'est "NON" pour une foule d'opposants
Réunis à l'extrémité de la presqu'île du Médoc, où l'estuaire de la Gironde rencontre l'océan, des centaines de personnes ont marché dimanche pour crier leur rejet du projet de mégaferme terrestre à saumons dont la construction est prévue à partir de 2027 au Verdon-sur-Mer.
Sous un soleil éclatant et dans une ambiance joyeuse, la foule s'est élancée le long du port Médoc, jusqu'à la plage de la Chambrette, scandant "On est là, on est là, même si Pure Salmon ne le veut pas, nous on est là", en référence à cette société financée par un fonds d'investissement singapourien, porteuse du projet à 280 millions d'euros.
Familles avec enfants, personnes en fauteuil roulant, élus, militants associatifs, ils étaient 2.000 selon les organisateurs, 500 d'après la préfecture, rivalisaient d'originalité avec leurs pancartes. On pouvait notamment lire "Le Médoc ne se prostitue pas pour des paradis fiscaux singapouriens", "Plus de rose dans notre vie, mais pas saumon", ou encore "Bismillah Pire Salmon, c'est les ténèbres au Verdon".
Cette usine d'élevage de saumons à terre prévue sur 14 hectares, en circuit fermé et d'une ampleur inédite, vise à produire jusqu'à 10.000 tonnes de poissons par an et promet la création de 250 emplois.
"Des emplois on en veut, mais pas au détriment d'autres qui existent déjà. Si la qualité de l'eau de l'estuaire était altérée à cause des rejets, alors ça en est fini pour le tourisme, pour les pêcheurs, les ostréiculteurs", s'inquiète Karine Coustolle, la maire de Saint-Vivien du Médoc, une commune située à une vingtaine de km du Verdon.
- "Projet expérimental" -
Pour l'élue sans étiquette, "ce projet comporte beaucoup trop de risques pour trop peu de garanties".
Venue en famille avec sa fille de neuf ans et son bébé, Aline, une enseignante de 35 ans, ne veut pas que l'estuaire devienne "une bouche d'égout" et les habitants "des cobayes d'un projet expérimental, piloté par un fonds d'investissement sans aucune expérience en aquaculture".
Elle déplore que malgré l'enquête publique qui a enregistré plus de 20.000 contributions, défavorables dans leur quasi-totalité, le projet ait obtenu tous les feux verts.
La commission locale de l'eau, le BRGM et le conseil scientifique de l'estuaire, opposés au projet, avaient aussi pointé un déficit d'information derrière les "affirmations rassurantes".
Mais la commission d'enquête publique a rendu un avis favorable en mars, comme le Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) en juillet.
Et début août, la préfète de la Gironde, Sophie Brocas, a signé l'autorisation environnementale, soulignant que ce projet "présente un grand intérêt économique et industriel pour le territoire", assurant que la phase de travaux ainsi que l'exploitation de l'installation feront l'objet d'un "contrôle permanent".
La société Pure Salmon affirme, elle, que sa "technologie éprouvée" garantit "un impact maîtrisé sur la biodiversité", que "le bien-être animal est au cœur du projet" et que son approvisionnement obéit à des "normes strictes".
- Recours en justice -
"Bien-être? Pardon? On parle là de deux millions de saumons condamnés à vivre entassés sous une lumière artificielle", s'émeut Dan, un musicien de 73 ans qui distribue aux participants des autocollants "No Salmon".
Selon les associations opposées au projet, les poissons évolueront dans des cuves en béton dans une "surdensité" de 70kg/m3, "qui dépassent de près de 3 fois les seuils recommandés par la communauté scientifique pour l'élevage en mer et l'élevage en RAS", une technologie basée sur un système de recirculation d'eau.
Si les principes de l'aquaculture en recirculation "sont aujourd'hui bien établis", des projets de cette taille constituent "un changement d'échelle" avec encore peu de "références opérationnelles" dans le monde, pointait l'Ifremer dans une note publiée en mars.
A la fin de la manifestation, Paola Simonnet, une photographe de 29 ans, espère que la mobilisation ne s'essoufflera pas, mais elle fait part de "beaucoup de désespoir et de colère parce que on a l'impression de ne pas du tout être écoutés".
Une "nouvelle phase d'opposition" est en cours, avec deux recours devant la cour administrative d'appel de Bordeaux, contre le permis de construire et l'autorisation environnementale, déposés par un collectif réunissant 13 associations locales et nationales, quatre entreprises locales et 17 riverains.
D.Mayer--BlnAP