Macron et Meloni affichent une relation "sérieuse" mais pas "glaciale"
Une relation entre "personnes sérieuses" mais pas "glaciale" : Emmanuel Macron et Giorgia Meloni se sont attachés lors de leur premier sommet, jeudi à Antibes, à dissiper leurs dissonances et à mettre l'accent sur des coopérations bilatérales ambitieuses, de la défense à l'espace et l'énergie.
"Nous vivons tous sous le même climat, il est chaud. Et il n'y a plus rien de glaciaire", a lancé le président français, tout sourire, interrogé sur leur relation, lors d'une conférence de presse commune.
"Nous défendons les intérêts de nos pays mais nous le faisons de manière respectueuse et engagée", a-t-il ajouté comme pour mieux balayer les multiples piques, tensions et crises depuis l'arrivée de Giorgia Meloni, issue de l'extrême droite italienne, à la tête du gouvernement en 2022.
La présidente du Conseil n'a pas été en reste, parlant de relations qui "n'ont pas été glaciales", mais entre "des personnes sérieuses qui parlent de politique".
"Chère Giorgia", "Emmanuel" : le ton était donné dès les premiers échanges. "Je suis tout à fait d'accord", "on ne peut pas mieux dire", a régulièrement abondé la Première ministre, souvent moins amène par le passé envers son interlocuteur.
Les dirigeants ont expliqué combien leurs deux pays avaient besoin l'un de l'autre et étaient complémentaires face aux crises qui secouent l'Europe.
"Oui l’Italie et la France sont toujours l’une pour l'autre des partenaires aussi naturels qu'incontournables", a résumé Emmanuel Macron, en déroulant tous les projets communs bilatéraux.
- Coalition au Liban -
Il s'agissait du premier sommet franco-italien depuis 2020, depuis l'entrée en vigueur en 2021 du Traité du Quirinal, qui a rehaussé la relation bilatérale au niveau de celle entre Paris et Berlin, et surtout depuis l'entrée en fonction de Giorgia Meloni.
Ce sera sans doute le dernier pour le président français qui quittera l'Elysée en mai 2027. La Première ministre italienne espère quant à elle rempiler après les législatives l'an prochain.
Tous deux ont mis l'accent sur la vitalité des liens bilatéraux, avec 112 milliards d'euros d'échanges commerciaux en 2025, et sur les convergences sur les grandes crises internationales, de l'Ukraine au Moyen-Orient.
Ils ont annoncé vouloir mettre en place une "coalition" multinationale à la fin du mandat de la force onusienne de la Finul en décembre pour renforcer la "souveraineté au Liban", sous le feu régulier d'Israël malgré l'accord de paix conclu entre les Etat-Unis et l'Iran.
"L'Italie et la France peuvent absolument faire la différence. (...) Il est nécessaire, de notre point de vue, de garantir une présence internationale qui évite un vide sécuritaire extrêmement dangereux", a pointé la Première ministre.
L'heure était d'autant plus à la détente que Giorgia Meloni affiche désormais, après une lune de miel très appuyée, ses distances avec Donald Trump au prix d'échanges acerbes ces derniers jours.
- "Champion européen -
"On veut garder les Américains avec nous", a sobrement relevé Emmanuel Macron, tout en concédant qu'"il y aura vraisemblablement des changements, de nouvelles péripéties" dans la relation avec Washington.
Dès la fin 2022, la relation avait viré à l'orage entre Paris et Rome autour d'un bateau de migrants que Rome refusait d'accueillir, contraignant Paris à le faire.
En février encore, Emmanuel Macron invitait l'Italienne à cesser de "commenter ce qui se passe chez les autres", après la mort en France d'un militant identitaire. "Que chacun reste chez soi et les moutons seront bien gardés", avait-il lancé sans ménagement.
Au final, les deux délégations - neuf ministres de chaque côté outre les deux dirigeants - ont signé une feuille de route pour cinq ans (2026-2031) sur la défense, notamment sur la coopération en matière de missiles ASTER et de systèmes de défense anti-aérienne SAMP/T, avec l'idée de "développer une offre souveraine européenne" en la matière.
Ils ont aussi "réaffirmé leur soutien" au projet de mégafusion entre les poids lourds européens des satellites Airbus, Thales et Leonardo, toutefois suspendue à l'avis de l'autorité européenne de la concurrence".
"Sur le spatial, la coopération franco-italienne est historique en Europe et doit le rester" afin de renforcer la "résilience et la souveraineté européenne", a insisté Emmanuel Macron.
L'Italie, qui veut relancer son programme nucléaire, travaille également avec la France sur de petits réacteurs modulaires.
D.W.Ernst--BlnAP