Séisme au Venezuela: au moins 589 morts et 50.000 disparus, la quête éperdue des survivants
Les recherches pour retrouver des survivants s'intensifient vendredi au Venezuela, où l'aide internationale commence à arriver, presque deux jours après deux séismes dévastateurs dont le bilan atteint déjà 589 morts et plus 50.000 disparus.
Les images du Live vidéo de l'AFP montrent des sauveteurs affairés, parfois dans le plus grand dénuement, à mains nues et avec de simples pelles et seaux en plastique, dans les décombres d'un immeuble effondré.
A mains nues: c'est ce que fait aussi Amparo del Giudice, une grand-mère qui fouille désespérément dans les décombres en pleurant et en criant, inconsolable, à La Guaira, zone du nord du Venezuela la plus durement touchée par les séismes de magnitude 7,2 et 7,5 survenus mercredi en moins d'une minute.
"Il y a beaucoup de blocs de pierre, on ne peut pas les enlever avec les mains", constate avec impuissance Amparo del Giudice, en s'effondrant à quelques mètres de l'endroit où elle pense que se trouve son fils.
Des équipes de sauvetage d'au moins 17 pays sont en cours de déploiement pour participer aux recherches de survivants, a annoncé vendredi l'ONU. Washington a annoncé vendredi l'arrivée à Caracas d'un premier détachement militaire américain, avec à sa tête un général des Marines.
Les agences de l'ONU et d'autres organisations humanitaires ont réclamé un "accès humanitaire rapide et sans entrave", rappelant que des millions de personnes faisaient face à une insécurité alimentaire avant la catastrophe.
"Il s'agit d'une opération de secours extrêmement complexe. Plus de 50.000 personnes sont portées disparues et plus de 500 sont décédées; fouiller les décombres représente donc une tâche colossale", a déclaré le responsable de l'aide humanitaire de l'ONU, Tom Fletcher dans un entretien accordé à l'AFP à Genève.
La présidente par intérim, Delcy Rodriguez, qui avait décrété l'état d'urgence peu après la catastrophe, a déploré vendredi "589 morts", durant une réunion avec des représentants civils et militaires, soit plus du double que les 235 morts annoncés jeudi soir par le ministre de la Santé, Carlos Alvarado.
Quatre Espagnols, neuf Portugais, deux Brésiliens, un Italo-Vénézuélien, deux Chinois figurent parmi les morts. Un ministre espagnol a par ailleurs fait état de 99 compatriotes "disparus", sans préciser si certains étaient des bi-nationaux.
- "Silence absolu!" -
A titre de comparaison, des tremblements de terre de magnitude similaire ont fait plus de 200.000 morts à Haïti en janvier 2010, 73.000 morts dans le Cachemire en octobre 2005, ou encore près de 53.500 morts à la frontière Turquie/Syrie en février 2023.
La zone la plus durement touchée est celle de La Guaira, au nord de la capitale Caracas, où se trouvent l'aéroport international de Maiquetia, endommagé et fermé, et la ville côtière de Catia la Mar.
"C'était terrifiant", raconte Lisbeth Vazquez, 37 ans, miraculée et sortie de justesse de son immeuble. "Des voisins des étages inférieurs sont ensevelis, on essaie de les sortir".
"On a besoin de gens qui viennent aider. Il y a ici une petite fille qui est coincée depuis hier soir, on peut la sortir, on a besoin d'une pelleteuse!", s'écrie, désespéré, Dani Rizo, un habitant du même bâtiment, âge de 48 ans.
Des images aériennes de La Guaira diffusées sur les réseaux sociaux montrent une succession de résidences à piscine effondrées comme des châteaux de cartes.
Au sol, des hommes juchés sur un tas de ruines tentent d'ouvrir à coups de marteau piqueur les gravats d’un bâtiment.
Un ouvrier crie "silence absolu!". Les secouristes s'immobilisent d'un coup afin de pouvoir entendre les voix d'éventuels survivants ensevelis. "Une lampe de poche, une lampe de poche", crie un autre, tentant d'illuminer l'obscurité d'un boyau s'enfonçant dans la pierraille.
D'autres secouristes se reposent à quelques pas de là, appuyés contre un mur. Epuisés, ils n'ont même pas enlevé leur casque de chantier jaune sur la tête ou le masque chirurgical sur le bas du visage qui les protège de la poussière.
- "Taupes" et Marines -
Au total, 25 équipes de secours sont en cours de déploiement parmi lesquelles 17 équipes internationales de recherche et de sauvetage en milieu urbain et huit équipes médicales d'urgence, pour un total d'environ 1.000 secouristes, selon l'ONU.
Outre l'aide des Etats-Unis, des équipes du Chili, de Colombie, du Salvador, d'Italie, du Mexique, de Suisse sont déjà arrivées au Venezuela, selon le porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha), Jens Laerke.
La télévision vénézuélienne a fait état également de l'arrivée de 80 secouristes suisses et d'un groupe de 80 secouristes mexicains, connus sous le surnom des "Taupes", spécialisés dans les recherches de victimes de séismes.
D'autres viennent du Royaume-Uni, de République tchèque, de France, d'Allemagne, de Jordanie, des Pays-Bas, du Qatar et d'Espagne.
Un premier avion du Salvador est arrivé sur place avec 188 hommes, selon le président de ce pays Nayib Bukele. "Notre personnel sur place nous informe (...) qu'il manque beaucoup d'équipements".
Les Etats-Unis ont promis une réponse "importante", "rapide et efficace", par la voix de leur secrétaire d'Etat, Marco Rubio, avec une aide de 150 millions de dollars. L'armée américaine a fait savoir qu'elle déploierait des navires militaires, des avions et des hélicoptères en soutien aux secours.
Cette initiative américaine, un acte diplomatique fort après des années de tensions, s'inscrit dans le cadre du rétablissement des relations entre les deux pays depuis que les forces américaines ont capturé en janvier le président déchu, Nicolas Maduro, aujourd'hui incarcéré aux Etats-Unis.
La Turquie, pays habitué aux tremblements de terre, a annoncé le départ vendredi d’Istanbul de deux avions militaires avec à leur bord 67 secouristes.
H.Bauer--BlnAP