Auchan veut vendre 17 supermarchés à Lidl, dernière étape d'une mue inédite
La grande distribution poursuit sa restructuration : à la veille d'une bascule inédite des supermarchés Auchan sous enseigne Intermarché et Netto, le distributeur nordiste a annoncé jeudi vouloir céder 17 magasins à Lidl, qui change de patron mais maintient sa stratégie d'expansion.
En difficulté, Auchan avait créé la surprise en annonçant avec le groupement concurrent Mousquetaires (Intermarché, Netto), en novembre 2025, un vaste projet de "transformation" de son réseau de supermarchés, afin de se recentrer sur ses hypermarchés.
Sur 266 supermarchés, 164 rejoindront, à compter du 1er octobre, l'entité A+Super, détenue par Auchan Retail France mais exploitée en franchise par Intermarché ou Netto, avec des changements d'enseignes étalés jusque mai 2027, a rappelé le groupe de la famille Mulliez dans un communiqué.
Auchan a mis en vente l'essentiel des magasins restant, dont 72 deviendront des Intermarché ou des Netto "par vagues successives jusqu'en avril", d'après le communiqué.
Le distributeur nordiste doit en conserver 13, sous "d'autres formats", en raison de "caractéristiques spécifiques de surface, d'emplacement et de potentiel".
C'est donc pour l'acquisition de 17 magasins, dont le groupement Mousquetaires n'a pas voulu et qui emploient 500 salariés, qu'Auchan est entré en négociations exclusives avec Lidl.
L'opération, présentée jeudi lors d'un comité social et économique exceptionnel, "pourrait être effective au premier trimestre 2027", après "autorisation des autorités de la concurrence", selon Auchan.
Ainsi, la "transformation" du réseau ne prévoit "aucune fermeture", se félicite le groupe.
- Baisses de prix -
A l'annonce du projet l'automne dernier, les syndicats avaient toutefois dénoncé un "coup de massue" pour les salariés, un an après un plan de sauvegarde de l'emploi prévoyant 2.400 suppressions de postes.
Cinquième distributeur en France - avec 8% de part de marché en septembre, en recul de 0,5 point sur un an, selon Kantar Worldpanel -, Auchan souffre de la concurrence des groupements indépendants, où les conditions sociales, notamment, sont généralement moins-disantes, et de son positionnement historiquement fort sur les hypermarchés, moins en vogue.
Son alliance avec Intermarché, déjà illustrée par le lancement en 2024 d'une centrale d'achats commune, Aura Retail, doit notamment permettre des baisses de prix dans ses supermarchés changeant d'enseigne, de "7 à 8%", selon le directeur général d'Auchan Retail, Guillaume Darrasse, à la Voix du Nord.
L'opération permettra au groupement Mousquetaires, troisième distributeur en France (17,9%) derrière E.Leclerc (24,8%) et Carrefour (21%), de gagner des parts de marché.
Mais Lidl, sixième avec 7,8% de part de marché en septembre, un chiffre stable après une série de reculs, compte également tirer son épingle du jeu.
Vendredi, la filiale française du discounter allemand a annoncé le départ de son président irlandais, John Paul Scally, à la "surprise" des syndicats.
- "Opportunité" -
Arrivé cette semaine, le nouveau patron, le Croate Marin Dokozic, doit poursuivre la stratégie de croissance et d'expansion du groupe en France, qui vise 10% de part de marché à horizon 2030 et veut passer de 1.630 à 2.000 supermarchés d'ici à 2035.
C'est dans ce contexte que l'enseigne s'est "positionnée" auprès d'Auchan, a expliqué à quelques journalistes, dont l'AFP, Bruno Caillet, directeur exécutif immobilier de Lidl, en marge d'une visite d'un nouveau supermarché du discounter inauguré jeudi à Paris.
Les 17 magasins non repris par Intermarché, qu'ils aient été jugés non rentables ou "trop proches" d'autres points de vente de la même enseigne, représentent "une opportunité", selon M. Caillet.
D'autant que le rachat, par Lidl déjà, en 2025, de 19 magasins Auchan (dont 9 ex-Casino) s'avère un succès selon lui : "on est très satisfait de cette reprise".
Mais pour l'Unsa, syndicat majoritaire chez Lidl, "grandir par les murs ne suffit pas". "L'expansion commerciale doit impérativement s'accompagner d'une vraie stratégie d'exploitation opérationnelle", avec "des moyens humains suffisants et un accompagnement solide des équipes sur le terrain", a réagi le syndicat dans un communiqué.
"L'humain est encore et toujours au centre de notre attention", a répondu Bruno Caillet, rappelant que Lidl emploie 46.000 salariés et compte reprendre ceux des magasins qui seront rachetés à Auchan.
"En général les salariés sont très heureux parce que les conditions salariales chez Lidl sont meilleures qu'ailleurs", assure-t-il.
M.Schwarz--BlnAP