Londres annonce la fin de l'accord d'échange de migrants entre la France et le Royaume-Uni
Londres a annoncé mercredi la fin de l'accord franco-britannique d'échange de migrants dit du "un pour un", conclu à l'été 2025 avec Paris, qui n'a pas atteint ses objectifs chiffrés et était vivement critiqué par les associations de défense des droits humains.
Le ministère britannique de l'Intérieur a indiqué dans un communiqué qu'il n'y avait "plus de nouveaux dossiers traités" dans le cadre de cet accord, qui devait expirer jeudi.
Ce programme "expérimental" prévoyait le renvoi en France de personnes migrantes arrivées irrégulièrement au Royaume-Uni sur des embarcations de fortune, en échange de l'accueil dans un cadre légal par ce pays d'autres migrants se trouvant en France.
Le ministère de l'Intérieur français avait dit mercredi à l'AFP discuter "avec les Britanniques sur les modalités de sortie de l'accord".
Des vols continueront d'être affrétés "dans les prochaines semaines", a déclaré Londres. "Nous continuons à travailler avec la France pour lutter sans relâche contre les traversées de petits bateaux, et nous avons fait de véritables progrès", a défendu le Home Office dans son communiqué.
Il souligne aussi que le nombre d'arrivées depuis début 2026, qui s'élève 19.196, est en baisse de plus de 40 % par rapport à la même période en 2025. Ces traversées sur des embarcations de fortune sont dangereuses et meurtrières : 22 personnes sont décédées depuis le début de l'année.
Qualifié de "révolutionnaire" par l'ancien Premier ministre britannique, Keir Starmer, cet accord visait à "exercer un effet très dissuasif sur le modèle des passeurs et sur les traversées", selon le président français Emmanuel Macron, avec un objectif de 2.600 échanges.
Au total, 1.500 migrants ayant rejoint irrégulièrement le Royaume-Uni ont été renvoyés en France dans le cadre de cet accord, selon les derniers chiffres de Londres, et quelque 1.500 personnes ayant fait une demande en France ont été admises légalement au Royaume-Uni en échange.
Cet accord "a remporté certains succès et le gouvernement aurait volontiers souhaité le poursuivre, mais il n'a pas atteint la cadence espérée", a indiqué mercredi une source gouvernementale britannique.
- "Marchandage honteux" -
Lors de son audition par une commission d'enquête à l'Assemblée nationale le 15 juin, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez avait dit que "cet accord pilote (...) n'avait pas vocation à être reconduit au-delà du 1er octobre 2026".
Il avait également indiqué que la France n'avait "pas à porter seule (ce dispositif), et qu'il vaudrait mieux l'intégrer dans le cadre d'un accord entre l'Union européenne et le Royaume-Uni".
Reconnaissant des chiffres "relativement faibles", son homologue britannique Shabana Mahmood avait elle indiqué que "le plus difficile" avait été "de gérer chaque semaine un très grand nombre d'expulsions".
Cet accord a été régulièrement critiqué par les associations qui dénoncent "un marchandage migratoire honteux" allant à l'encontre des textes internationaux sur les droits des réfugiés.
Médecins Sans Frontières (MSF) a estimé mercredi que cet accord avait eu des "conséquences particulièrement néfastes pour des centaines de personnes exilées", et qu'un "tel accord ne doit pas être reproduit avec la France, ni servir de base à un accord européen plus large".
Selon la Convention de Genève ratifiée par les deux États, il est illégal d'empêcher le dépôt d'une demande de protection internationale d'un demandeur d'asile qui aurait fui son pays en raison de persécutions.
Les politiques de plus en plus dures contre les migrants poussent ces derniers à prendre de plus en plus de risques, font également remarquer les associations. Des départs depuis la Belgique, allongeant la durée de traversée, ont notamment été observés, et les bateaux sont de plus en plus chargés.
Lundi, trois personnes, dont un enfant, sont mortes dans une tentative de traversée clandestine de la Manche, portant à 22 le nombre de personnes décédées depuis le début de l'année en tentant de traverser clandestinement la Manche, selon un décompte de l'AFP établi à partir de données officielles.
En 2025, 31 personnes sont mortes en mer et 78 en 2024, selon le rapport de la commission d'enquête chargée d'évaluer les conséquences d'un autre accord, celui du Touquet qui externalise la frontière britannique sur les côtes françaises.
Les rassemblements antimigrants, parfois violents, sont réguliers au Royaume-Uni où les arrivées depuis la France sont un sujet central dans le débat politique, qui a notamment alimenté la montée du parti anti-immigration Reform UK.
D.Fischer--BlnAP