Manifestations : le gouvernement en alerte avant un 17 octobre entouré d'inconnues
Lycéens, étudiants, anciens gilets jaunes, militants du climat et même agriculteurs ont promis d'unir leurs "colères" à travers la France pour un samedi de mobilisation aux contours encore incertains, à six mois de la présidentielle.
Ponts, ronds-points, péages, stations service... Environ 500 actions sont "envisagées" et plus de 90 manifestations sont "en cours de structuration", selon le recensement vendredi de l'entourage du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui anticipe des "débordements". Il prévient que "les actions de blocage sur des axes structurants et des équipements majeurs, importants, essentiels, ne seront pas tolérées".
Dans un contexte particulièrement tendu après plusieurs semaines de mobilisation lycéenne, ponctuée de plusieurs défilés importants dans la capitale, le préfet de police de Paris, Patrice Faure, a pris des arrêtés d'interdiction de manifester dans plusieurs secteurs stratégiques, autour de l'Elysée, de Matignon et incluant les Champs-Elysées.
Toute la journée, des discussions ont eu lieu pour déterminer le parcours du cortège parisien qui partira finalement à 14h00 de la place de la République, vers la place de Clichy, selon la CGT, l'Union étudiante et l'Union syndicale lycéenne.
La préfecture a refusé une arrivée dans le centre, comme le souhaitaient des organisations lycéennes et étudiantes, qui ont demandé un rendez-vous au Premier ministre.
"Les manifestations qui se dirigent vers les lieux de pouvoir sont refusées, ce n'est pas normal", a déploré Coppélia Moreau, du comité Ile-de-France l'Interfac.
- "Le pouvoir a peur" -
"Ce n'est pas juste un mouvement de gilets jaunes, ce n'est pas juste un mouvement d'étudiants et de lycéens et de lycéennes, c'est le peuple tout entier qui est en train de se lever, c'est pour ça que le pouvoir a peur", selon Benjamin Ball, éditeur du site sur le 17 octobre, bloquons-Tout et marches du climat du 26 septembre.
Les revendications multiples, notamment contre la "vie chère", qui fédère gilets jaunes, agriculteurs ou chauffeurs VTC, "rejoignent" celles de la jeunesse, a estimé sur France Inter la numéro un de la CGT Sophie Binet, contestant tout "essoufflement" du mouvement des lycéens avancé par le gouvernement.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a jugé jeudi que le mouvement s'était transformé en "un mouvement de violences urbaines".
Samedi, les grenades assourdissantes, dont l'usage a été suspendu "pour le mouvement lycéen", pourront être utilisées en cas de "violences urbaines extrêmement graves", a précisé le ministre de l'Intérieur.
Signe de la vigilance du gouvernement, Sébastien Lecornu a convoqué une cellule interministérielle de crise (CIC). Depuis Bruxelles, le président Emmanuel Macron a pour sa part appelé "au calme".
Selon une source policière, quelque 150.000 personnes devraient participer aux manifestations hors agglomération parisienne sous des formes très différentes. Les gilets jaunes ont annoncé quelque 1.500 actions pour défendre le pouvoir d'achat, espérant notamment peser en plein débat budgétaire. A Paris, 40.000 manifestants sont attendus, selon la source policière.
- "Convergence des luttes" -
Depuis des semaines, des appels à ressortir le 17 octobre les gilets jaunes emblématiques des années 2018-2019 circulaient sur les réseaux sociaux. Ils ont enflé récemment, nourris par la colère des lycéens qui a remis la question de la jeunesse au sommet de l'agenda politique, à six mois de la présidentielle.
Après un mois de blocages d'établissements scolaires, le mouvement semblait certes se tasser vendredi, à la veille des vacances scolaires, malgré l'absence de nouvelles concessions du ministre de l'Education nationale Edouard Geffray jeudi soir.
Seule réponse concrète apportée pour le moment par le gouvernement: un plan d'urgence de remplacement de professeurs absents, qui s'est traduit par l'affectation depuis une semaine de 2.000 remplaçants, sur les 3.000 promis, selon le ministère.
L'Union syndicale lycéenne (USL), Les Lycéens! et Renouveau lycéen ont en conséquence tous appelé à poursuivre la mobilisation, estimant que les annonces ne répondaient pas aux difficultés dénoncées, notamment l'état du bâti scolaire, Parcoursup et les emplois du temps, au coeur de leur mobilisation.
La mobilisation se poursuivait également vendredi dans l'enseignement supérieur. À Lille, comme depuis deux semaines environ, l'accès à Sciences Po était bloqué par une trentaine d'étudiants, qui avaient entassé des bacs de poubelles devant l'entrée.
"J'ai un peu l'impression que (la journée de samedi, ndlr) va être une sorte d'aboutissement", dit Marie-Lou, 18 ans. "On va être rejoint par les travailleurs, par les gilets jaunes qui vont se remobiliser aussi, on a aussi un peu l'espoir qu'il y a la convergence de toutes les luttes".
Face au mécontentement dû à la hausse des prix des carburants, le gouvernement a par ailleurs publié vendredi un décret prolongeant jusqu'à la fin de l'année une aide de 100 euros aux grands rouleurs, tandis que le ministère des Transports déclare accélérer le versement de l'aide aux transporteurs routiers.
sm-boc-burs/alu/sp
X.Herrmann--BlnAP