Dans l'Eure, des milliers de personnes manifestent contre l'usage des pesticides
Des milliers de personnes se sont rassemblées dans l'Eure samedi, à proximité d'une usine de pesticides pour protester contre leur utilisation en agriculture, à l'initiative d'une cinquantaine d'organisations, a constaté l'AFP.
La manifestation s'est tenue près d'une usine du fabricant de pesticides et semencier Syngenta, groupe d'origine suisse et désormais chinois, à Saint-Pierre-la-Garenne. Elle a rassemblé quelque 8.000 manifestants selon la préfecture, 15.000 selon les organisateurs.
Les organisateurs dénoncent notamment plusieurs textes récents ou en discussion concernant les pesticides, dont la loi d'urgence agricole et un projet de loi sur les pesticides en discussion au niveau européen.
Adrien est venu en famille depuis la Bretagne "pour questionner ensemble cette question des pesticides". "On veut montrer à nos enfants qu'on peut s'opposer collectivement pour réinventer d'autres manières de faire de l'agriculture", résume-t-il auprès de l'AFP.
D'autres, comme Bastien, 37 ans, ont fait le déplacement pour une amie "Pauline, décédée il y a deux mois à l'âge de 35 ans d'un cancer". "Il n'y avait aucune cause identifiée à ce cancer, mais on sait que l'exposition aux pesticides augmente les risques", raconte-t-il, très ému.
Dans le cortège, comprenant des personnes de tous les âges, plusieurs pancartes proclament "Pesticides ni ici, ni ailleurs" ou encore "Le monde de demain commence dans nos assiettes".
Après une manifestation dans une ambiance bon enfant, quelques heurts ont éclaté en fin de journée, donnant lieu à des tirs de gaz lacrymogène par les gendarmes, a constaté l'AFP.
Le rassemblement est soutenu par une cinquantaine d'organisations, dont la Confédération paysanne (troisième syndicat agricole) et les ONG Soulèvements de la Terre, Cancer Colère et le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'ouest (CSVPO).
"On a épuisé tous les recours démocratiques", dit Fleur Breteau, porte-parole du collectif Cancer colère. "Nos colères, elles sont saines, elles sont légitimes. Nos corps sont malades. On n'a plus le choix".
Dans le même temps, d'autres manifestations sont prévues en Suisse ou en Angleterre, dans le cadre d'une campagne "internationale" contre "l'agrochimie", selon Nata, militante aux Soulèvements de la Terre. Les protestations visent "quatre multinationales: BASF, Corteva, Bayer qui a acheté Monsanto, et Syngenta", souligne-t-elle.
De son côté, Syngenta assure respecter "pleinement le droit de se rassembler et de manifester", tout en qualifiant l'événement de "mal fondé". Concernant son usine dans l'Eure, "70% de la production actuelle du site est utilisable en agriculture biologique", souligne le groupe dans une réaction à l'AFP.
Les activités y sont "arrêtées depuis vendredi matin et ce jusqu'à nouvel ordre" pour "des raisons de sécurité", précise Syngenta.
Les mobilisations se multiplient pour réclamer une alimentation plus respectueuse de l'environnement.
L'ONG Générations Futures appelle à se mobiliser les 10 et 11 octobre contre "les autorisations illimitées de pesticides en Europe".
A Paris, une "marche pour la fermeture des abattoirs", à l'appel de l'association L214, a également réuni "plusieurs milliers de personnes" samedi après-midi, affirme l'ONG, qui défend la cause animale.
Z.Mertens--BlnAP