Après des années de guerre, le soutien à Netanyahu entamé dans le nord d'Israël
Las de la guerre, ils hésitent à redonner leur voix à Benjamin Netanyahu: à la frontière avec le Liban, dans un fief traditionnel du Premier ministre, des Israéliens confient leur désillusion avant les législatives de fin octobre.
"Beaucoup de gens que je connais étaient de droite et soutenaient +Bibi+, mais c'est fini", assure à l'AFP Sigal Malachi en utilisant le surnom de M. Netanyahu, même si elle sait que "beaucoup d'autres le soutiennent encore".
La guerre, les habitants du nord d'Israël y sont pourtant habitués, au fil de plusieurs conflits avec le Hezbollah libanais depuis plus de 20 ans.
"Nous avons grandi avec les roquettes Katioucha et les bombes", se souvient Mme Malachi. Si vous étiez dehors, il fallait courir se mettre à l'abri en une seconde" dès que les sirènes retentissaient. Mais ce conflit est "différent".
"Depuis le 7-Octobre, nous ne dormons plus bien. J'ai envisagé de partir. Mais mes racines sont si profondes que je reste", poursuit cette habitante, qui a rouvert en mars sa pépinière près de Nahariya, à moins de 10 km du Liban, après deux ans de fermeture.
- "Il aurait pu l'empêcher" -
Israël commémore ces jours-ci le troisième anniversaire de l'attaque sans précédent menée le 7 octobre 2023 par le Hamas palestinien en Israël, qui a riposté par une offensive dévastatrice dans la bande de Gaza.
En soutien au Hamas, le Hezbollah avait attaqué Israël, et de nombreux habitants ont dû fuir.
A la faveur d'un cessez-le-feu fragile en novembre 2025, la vie a timidement repris son cours début 2026, jusqu'à que ce que les Etats-Unis et Israël bombardent l'Iran fin février et que le Hezbollah reprenne ses attaques en soutien à la République islamique.
Si un nouveau cessez-le-feu a permis une accalmie ces derniers mois, Israël n'a pas stoppé ses opérations militaires au Liban. De l'autre côté de la frontière, les habitants vivent dans l'incertitude, et accusent le gouvernement d'avoir échoué à ramener une paix durable après le 7-Octobre.
"J'ai toujours voté pour Bibi (...) mais là, je vais choisir Eisenkot", le principal rival du Premier ministre : Maxim Zarbaylov a lui pris sa décision.
"Ce qui s'est passé le 7 octobre, Benjamin Netanyahu aurait pu l'empêcher, mais il ne l'a pas fait. L'armée, le haut commandement, le chef d'état-major auraient pu l'empêcher", estime cet habitant de Nahariya, originaire de l'ex-Union soviétique.
- La "protection" Netanyahu -
"Cette région vit un traumatisme que nous n'avons jamais connu", approuve Shadi Tuma, propriétaire dans la localité de Shlomi du seul supermarché resté ouvert tout au long de la dernière guerre.
"Il y a de la colère. Le gouvernement est incapable d'apporter une solution", affirme-t-il, alors que la frontière est juste derrière la colline.
En 2022, le Likoud de M. Netanyahu avait recueilli 43% des suffrages à Shlomi, contre 23% à l'échelle nationale.
Les habitants qui soutenaient le Premier ministre ne lui font "plus confiance", ajoute le commerçant. "Tout le monde n'est pas capable de supporter une guerre qui dure trois ans".
Certains estiment cependant que seule l'actuelle coalition peut protéger les habitants du nord d'Israël, comme Patrice Haddad, arrivé à Nahariya il y a un an.
S'adapter à une vie sous la menace des roquettes n'a pas été simple au début, confie ce retraité français.
"On nous disait que nous avions 30 secondes pour trouver un abri (...) En réalité, parfois nous n'en avions même pas 15", raconte-t-il.
Malgré les difficultés, il a choisi son camp.
"La gauche en Israël a fait beaucoup de mal, elle voulait céder des territoires. Il est important de voter à droite, car avec un gouvernement comme celui de Netanyahu, nous nous sentirons protégés", estime-t-il.
Q.Vogel--BlnAP