Serbie : les "étudiants" veulent bousculer le pouvoir aux législatives anticipées
Le mouvement initié par les étudiants qui secoue la Serbie depuis deux ans soutient bruyamment les candidats qu'il présente aux législatives anticipées de dimanche, avec l'espoir de mettre fin à plus de 14 ans de règne du Parti progressiste serbe (SNS) d'Aleksandar Vucic.
"Je suis venue soutenir la Liste étudiante parce que les jeunes m'ont enfin redonné l'espoir qu'il est possible de vivre dans un pays normal", explique à l'AFP Marija Nedeljkovic Radic, 47 ans, au dernier rassemblement électoral des étudiants jeudi place Slavija, à Belgrade.
"Pour la première fois de ma vie, je crois que c'est vraiment possible", ajoute la quadragénaire qui soutient la Liste étudiante – Les étudiants gagnent.
Des étudiants marchant depuis toute la Serbie ont convergé vers la capitale dès mercredi soir.
Ce vaste mouvement a été déclenché par l'effondrement le 1er novembre 2024 de l'auvent de la gare récemment rénovée de Novi Sad, qui a fait 16 morts.
Ce drame, largement imputé à la corruption, a déclenché certaines des plus grandes manifestations en Serbie depuis la chute de Slobodan Milosevic en 2000.
Le mouvement anticorruption, mené par des étudiants, est passé de revendications pour une enquête transparente sur la tragédie à des appels à la tenue d'élections anticipées.
Il les a obtenues.
M. Vucic, tenant d'une ligne de droite, domine la politique de ce pays des Balkans depuis plus d'une décennie, tour à tour Premier ministre ou président.
Jeudi, il tenait un meeting de l'autre côté de la ville, au palais des sports Ranko-Žeravica, l'ancienne salle de l'équipe de basket du Partizan. Au pupitre, il a de nouveau accusé le mouvement étudiant d'être une tentative de coup d'État guidée par l'étranger.
- Contre la corruption -
"N'oublions jamais comment ils ont essayé de faire tomber notre État. Protégeons-le et défendons-le toujours", a lancé M. Vucic, qui a démissionné de la présidence fin septembre pour pouvoir se présenter au poste de Premier ministre lors de ces législatives anticipées.
"Sortons et battons-les ! Battons-les sans appel !", a-t-il lancé.
Face au SNS d'Aleksandar Vucic, les "étudiants" présentent eux aussi 250 candidats pour ce scrutin de liste (il n'y a pas de circonscriptions électorales). Beaucoup viennent du monde académique et sont nouveaux en politique.
La lutte contre la corruption est au cœur de leur programme.
La Serbie manque d'instituts de sondage indépendants fiables, et les enquêtes ont produit des résultats très divergents, il est donc difficile de prédire un résultat, explique à l'AFP le politologue Dusan Vucicevic, de l'université de Belgrade. Mais il s'attend à ce que les étudiants obtiennent plus de 40 % des voix, un score nettement supérieur à celui de n'importe quelle liste d'opposition depuis l'arrivée au pouvoir du SNS en 2012.
Des organisations de la société civile ont émis des doutes sur l'équité de ces élections, citant des intimidations, des arrestations, des agressions, l'utilisation abusive des ressources publiques et un environnement médiatique biaisé.
"Cette évaluation ne repose pas sur des incidents isolés, des accusations de l'opposition ou des désaccords politiques avec le gouvernement", écrivent dans une déclaration commune 24 organisations, mais "sur des constatations documentées".
Mercredi, des procureurs de Belgrade ont entendu six personnes arrêtées, soupçonnées de préparer des "violences, émeutes et attaques" le jour du scrutin.
"Je suis ce combat depuis le tout début", lance Igor, 35 ans, qui n'a pas donné son nom. "Aujourd'hui (jeudi), c'est le dernier rassemblement, et il est important que nous venions tous ici pour envoyer un message d'amour et de paix, et que nous nous retrouvions le 25 aux bureaux de vote."
S.Roth--BlnAP