En Serbie, des législatives en forme de "référendum anti-Vucic"
L'heure de vérité sonne dimanche pour le nationaliste Aleksandar Vucic, resté maître durant quatorze ans de la politique en Serbie, avant de devoir convoquer des législatives anticipées face à la contestation de son pouvoir par un puissant mouvement étudiant.
Présenté par les manifestants, qui cherchent à l'évincer, comme un "référendum anti-Vucic", ce scrutin est le premier depuis 2012 à esquisser, pour 6,4 millions d'électeurs, la perspective d'une possible alternance.
Les bureaux de vote ouvrent à 07H00 (06H00 GMT), ferment à 20H00 (19H00 GMT) et les premiers résultats sont attendus dans la soirée, malgré les craintes d'incidents.
Il y a quelques jours, après avoir documenté des manquements structurels, 24 ONG serbes ont estimé dans une déclaration que les conditions pour des élections "libres et équitables" n'étaient pas réunies.
Les étudiants mobilisent un réseau de volontaires pour superviser le processus, en complément des observateurs internationaux dépêchés traditionnellement sur place.
Dans un climat de forte polarisation, un scrutin serré ou disputé pourrait ouvrir une nouvelle période de tensions politiques.
La Serbie manque de sondages indépendants et les enquêtes ont produit des résultats très divergents.
Le groupe de réflexion de droite Nouvelle pensée politique serbe (NSPM) a publié cette semaine un sondage plaçant la liste étudiante à 44,5 %, contre 42,7 % pour celle d'Aleksandar Vucic.
Mais un sondage réalisé en septembre par Faktor Plus, considéré comme proche des autorités, donnait l'actuelle majorité en tête avec 48,6 % et les étudiants à 37,1 %.
Ce scrutin anticipé est l'aboutissement de près de deux années de manifestations déclenchées par l'effondrement en 2024 d'un auvent de la gare de Novi Sad, deuxième ville de ce pays des Balkans.
Seize personnes sont mortes et les protestataires ont estimé que l'accident était une conséquence de la corruption, considérée comme endémique.
Au plus fort de la mobilisation, parmi les plus importantes depuis la chute de l'ex-homme fort yougoslave Slobodan Milosevic en 2000, des centaines de milliers de personnes ont manifesté dans la capitale, Belgrade.
Au fur et à mesure, leurs revendications se sont transformées en appels à des élections anticipées.
Les fidèles de M. Vucic, vice-Premier ministre à partir de 2012, puis Premier ministre en 2014 et président en 2017, ont monté la garde devant le palais présidentiel, barricadé. Les protestataires ont subi des intimidations et des violences.
Début septembre, M. Vucic, 56 ans, a fini par convoquer les élections, écourtant son second mandat à la tête de l'Etat afin de mener la campagne pour son camp.
- "Votes en pyjama" -
La Serbie est depuis devenue le théâtre d'une expérience politique inédite, le mouvement étudiant s'étant constitué en une force politique disparate, pour tenter de l'emporter.
Sa liste unique n'a aucune tête d'affiche, mais présente une sélection de candidats issus de la société civile, dont le seul point commun est de vouloir battre le Parti progressiste serbe (SNS) d'Aleksandar Vucic.
Les étudiants, ciblés par la désinformation, sont allés à la rencontre des électeurs pour tenter d'enrayer la machine médiatique du SNS, leur dernier rassemblement à Belgrade jeudi ayant mobilisé quelque 150.000 personnes.
Une "tentative de coup d'Etat" d'après Aleksandar Vucic, qui a multiplié les déplacements pour vanter la stabilité de ses années au pouvoir et mettre en garde contre un chaos à venir.
Il se présente comme le seul à même, grâce à son expérience, de faire exister une Serbie souveraine sur la scène internationale, proche à la fois de l'Union européenne (UE), de la Russie et des Etats-Unis.
Si 18 formations sont officiellement en lice pour occuper les 250 sièges du parlement, la plupart des partis d'opposition ont soutenu les étudiants.
Un taux de participation supérieur à la moyenne de 55 % observée lors du règne du SNS est attendu.
La dernière forte mobilisation électorale, d'environ 70 %, remonte à l'éviction de Slobodan Milosevic, et reste une référence dans l'histoire politique serbe.
La diaspora est appelée aux urnes dans un nombre limité de bureaux aux mêmes horaires que les habitants du pays, et de nombreux expatriés devront veiller la nuit.
À Chicago, qui abrite l'une des plus grandes communautés des États-Unis, les bureaux ouvriront à 01H00 du matin, poussant des électeurs à annoncer sur les réseaux sociaux des "votes en pyjama".
Q.Vogel--BlnAP